Productions

Les pauvres diables – récits de périphérie
2027

CREATION A VENIR (2027)

Dans une banlieue de la vie, semblable à de tant de zones de périphérie dans le monde, les vies des pauvres diables s’entremêlent.

Il y a Job, le manutentionnaire analphabète qui a mis au point une technique pour trier et ranger les marchandises dans l’entrepôt sans savoir lire un mot.
Il y a la vieille, qui enseigne à la prostituée qu’il n’y a pas besoin d’argent pour le savoir et la culture : les livres dans les bibliothèques sont gratuits et les musées ouvrent un jour par mois même à celles et ceux qui ne peuvent pas payer.
Il y a Joseph, qui a quitté son pays, mais qui avant d’arriver dans cette banlieue a été fossoyeur, émigrant, esclave, naufragé, détenu, manutentionnaire et puis clochard.
Et puis il y a aussi le raciste, la dame avec la tête toute embrouillée, le gitan de huit ans qui fume, Dominique, la clocharde qui ne fait pas la manche sur le parking du supermarché et vit dans une petite cabane en préfabriqué sur le parking, le délégué des sous-traitants, responsable de l’entrepôt et même Saint François d’Assise.

Mais quand nous montons sur scène, tout le monde n’est pas là.

À chaque représentation nous choisissons quelques histoires, quelques fragments, une poignée de personnages. Comme dans un concert où le musicien choisit les différents morceaux à jouer, fait son petit montage, organise et raconte un déroulé. 

Tous ces personnages ont quelque chose en commun. Ce sont les pauvres gens qui finissent au bas d’un journal quand quelque chose de grave, de scandaleux se produit à proximité. 

Nous, nous essayons de les raconter comme des saints quand arrive un prodige.

 

 

Parler des pauvres diables, c’est trouver les mots pour raconter 

Ceux qui ne sont toujours décrits qu’avec pitié ou dégoût 

Avec les faits divers et la politique qui les rendent méchants 

Ou avec la rhétorique qui les condamne à ne pas avoir d’espoir.

 

Ce qui nous intéresse dans ces personnages, c’est leur humanité. 

Nous voulons les raconter comme ils sont avant que la violence ne les transforme en centre d’intérêt pour la presse, 

mais nous voulons aussi raconter le monde magique qu’il y a dans leur tête.

Le monde qui les rend beaux et qui, lui seul, peut les aider à ne pas les faire disparaître. 

Les paysans lucaniens ou frioulans, les bergers sardes ou des Abruzzes, 

les ouvriers agricoles des Pouilles ou siciliens 

et tous les autres pauvres du passé qui quittaient terres et familles, 

abandonnaient un horizon culturel entier pour chercher à s’intégrer 

dans le monde éphémère du triangle industriel.

Ils entraient dans l’Histoire comme des vaincus, mais recevaient en échange un frigo, un chauffage central 

et l’italien simplifié appris à la télévision. 

Aujourd’hui, les nouveaux pauvres n’auront même pas cela en échange de leur défaite. 

Alors, cela vaut la peine que l’on sauvegarde au moins la culture qu’ils ont dans le cœur 

et la magie qu’ils cachent dans leur tête. »

 

Ascanio Celestini

 

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