Relire et s’accompagner des personnes qui pensent si juste qu’elles ne meurent jamais, qui éclairent bien au-delà de leur date de décès.
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𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐚 𝐏𝐚𝐥𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐞 ?
Marcel Liebman
𝐒𝐞𝐩𝐭𝐞𝐦𝐛𝐫𝐞 𝟏𝟗𝟖𝟒
On nous demande souvent : « Pourquoi vous consacrer, en priorité, à la défense du peuple palestinien et au conflit du Moyen-Orient ? L’oppression qu’il subit n’est, à bien des égards, ni plus grave ni moins grave que celle dont sont victimes tant d’autres peuples d’Asie, d’Amérique centrale et d’ailleurs ? »
On nous lance aussi cette autre interpellation : « Pourquoi vous acharner à plaider la cause d’un peuple – le peuple palestinien – et de son mouvement national de libération alors que ce peuple et ce mouvement offrent quelquefois l’aspect d’une regrettable
division ? ».
Et encore et toujours l’objection à laquelle l’Association belgo-palestinienne a dû répondre dès sa création et qu’on lui oppose souvent encore : « En vous rangeant du côté palestinien, ne témoignez-vous pas d’une indifférence coupable envers les Juifs dont l’Europe a organisé le massacre pendant la seconde guerre mondiale ? ».
Ces remarques et ces critiques, nous n’avons pas l’habitude de les prendre à la légère. Elles méritent qu’on s’y arrête et qu’on leur réponde car ceux et celles qui les expriment font fréquemment preuve – fréquemment, mais pas nécessairement toujours – d’une parfaite bonne foi.
Commençons par la dernière puisque aussi bien c’est celle qui tourmente les consciences de certains démocrates qui se refusent – et comment le leur reprocher ? – à oublier les crimes nazis et les monstruosités du fascisme. Il est possible que, dans le soutien apporté à la cause palestinienne et, plus généralement, à la cause arabe, il entre quelquefois des sentiments troubles où l’hostilité envers les Juifs n’est pas absente. Mais ce cas est rare et, en tout cas, il ne nous concerne pas. Notre adhésion à la « cause palestinienne » a, au contraire, une double signification : 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐨𝐧𝐬 𝐮𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐪𝐮𝐢, 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞𝐬, 𝐚 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐨𝐝𝐞́𝐭𝐞𝐫𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭, 𝐚̀ 𝐜𝐞 𝐭𝐢𝐭𝐫𝐞, 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐯𝐞𝐧𝐝𝐢𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐞́𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐄𝐭𝐚𝐭 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 ; 𝐞𝐭 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐨𝐧𝐬 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐪𝐮’𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐜𝐫𝐞́𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐬𝐭 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐬𝐩𝐞𝐧𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐩𝐚𝐢𝐱 𝐚𝐮 𝐌𝐨𝐲𝐞𝐧-𝐎𝐫𝐢𝐞𝐧𝐭.
Autrement dit : reconnaître au peuple palestinien ses droits nationaux et en favoriser l’exercice concret n’est pas incompatible avec les intérêts du peuple israélien. La sécurité véritable à laquelle ce peuple aspire est liée à la création de l’Etat palestinien, condition indispensable à la disparition des tensions, des conflits et des guerres qui, depuis si longtemps, déchirent la région. 𝐒𝐢, 𝐩𝐚𝐫 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞, 𝐥𝐞𝐬 𝐏𝐚𝐥𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐦𝐞𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐩𝐚𝐭𝐫𝐢𝐞, 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐡𝐚𝐛𝐢𝐭𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐮 𝐌𝐨𝐲𝐞𝐧-𝐎𝐫𝐢𝐞𝐧𝐭 – 𝐥𝐞𝐬 𝐉𝐮𝐢𝐟𝐬 𝐝’𝐈𝐬𝐫𝐚𝐞̈𝐥 𝐲 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐢𝐬 – 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐫𝐭𝐢𝐫𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐢𝐦𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞 𝐨𝐮̀ 𝐢𝐥𝐬 𝐬𝐞 𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯𝐞𝐧𝐭, 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥’𝐞𝐧𝐠𝐫𝐞𝐧𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞-𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫 𝐪𝐮𝐢 𝐞𝐧 𝐞𝐬𝐭 𝐥’𝐢𝐧𝐞́𝐯𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞́𝐪𝐮𝐞𝐧𝐜𝐞.
Les divisions entre Palestiniens ? Elles ne sont que trop réelles. Mais imaginons un instant un mouvement national palestinien homogène, uni et monolithique. Ne verrait-on pas dans ces caractères les signes d’un manque de démocratie qui alimenterait la critique anti-palestinienne ? il y a autre chose qui est essentiel : 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐦𝐨𝐮𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐥𝐢𝐛𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐮 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬, 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐞́𝐜𝐡𝐢𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬, 𝐪𝐮𝐢 𝐬’𝐚𝐜𝐜𝐞𝐧𝐭𝐮𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐨𝐝𝐞𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐢𝐜𝐢𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞. Est-ce une raison pour les abandonner lorsqu’on juge leur cause juste ? Les luttes intestines qu’ont connues et que connaissent encore les Palestiniens ne doivent pas être sous-estimées. Elles méritent une analyse sérieuse. 𝐎𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐚𝐭𝐞𝐫𝐚, 𝐚𝐮 𝐭𝐞𝐫𝐦𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞, 𝐪𝐮’𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐫𝐞́𝐬𝐮𝐥𝐭𝐚𝐭 𝐭𝐚𝐧𝐭𝐨̂𝐭 𝐝𝐞 𝐦𝐚𝐧𝐨𝐞𝐮𝐯𝐫𝐞𝐬 𝐝’𝐄𝐭𝐚𝐭𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐧𝐭 𝐚̀ 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐢𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐚𝐮𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐥𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞, 𝐭𝐚𝐧𝐭𝐨̂𝐭 𝐝’𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐎𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐋𝐢𝐛𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐏𝐚𝐥𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐞, 𝐞𝐧𝐭𝐨𝐮𝐫𝐞́𝐞 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐞𝐧𝐧𝐞𝐦𝐢𝐬 𝐩𝐮𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐝’𝐚𝐦𝐢𝐬 𝐝𝐨𝐮𝐭𝐞𝐮𝐱, 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐝𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐬𝐞𝐬 𝐛𝐮𝐭𝐬.
Reste une dernière question : pourquoi cette priorité au problème palestinien et au conflit israélo-arabe ? C’est vrai que, pour prendre un exemple, la situation des peuples d’Amérique latine n’est guère moins tragique que celle du peuple palestinien. Il est
cependant, à propos de ce dernier, une spécificité qui commande notre engagement : 𝐩𝐞𝐮 𝐝𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐨𝐩𝐩𝐫𝐢𝐦𝐞́𝐞𝐬 𝐬𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐚𝐮𝐭𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐏𝐚𝐥𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐡𝐞𝐮𝐫𝐭𝐞́𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐥’𝐢𝐧𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐞́𝐡𝐞𝐧𝐬𝐢𝐨𝐧, 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐦𝐞́𝐟𝐢𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐡𝐚𝐢𝐧𝐞. 𝐌𝐞̂𝐦𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐦𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬, 𝐢𝐥 𝐲 𝐚 𝐞𝐮, 𝐚̀ 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬, 𝐝𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐭𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐭𝐢𝐜𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐞́𝐠𝐢𝐭𝐢𝐦𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐜𝐨𝐦𝐛𝐚𝐭. Mille facteurs ont joué, à commencer par ce sentiment de culpabilité à laquelle il a été fait allusion plus haut à propos du génocide anti-juif dont l’Europe a été le dramatique théâtre. Très brièvement, j’ai dit ce qu’il fallait penser de cet « argument ».
Mais il y a autre chose encore : l’hostilité envers les Palestiniens s’alimente à des sources plus suspectes que le souvenir de la dernière guerre. 𝐈𝐥 𝐲 𝐚, 𝐞𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐮𝐥𝐢𝐞𝐫, 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐟𝐥𝐞𝐱𝐞𝐬 𝐫𝐚𝐜𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐱𝐞́𝐧𝐨𝐩𝐡𝐨𝐛𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐞 𝐝𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐞𝐧 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐥𝐚 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐁𝐞𝐥𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐫𝐞́𝐟𝐥𝐞𝐱𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐡𝐨𝐢𝐬𝐢𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐜𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 « 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐢𝐥𝐞́𝐠𝐢𝐞́𝐞𝐬 » 𝐜𝐡𝐞𝐳 𝐥𝐞𝐬 𝐀𝐫𝐚𝐛𝐞𝐬.
Tout est donc lié : le soutien aux droits nationaux d’un peuple à qui on refuse une Patrie ; la volonté d’apporter à un conflit qui menace le Moyen-Orient – et par contrecoup le monde tout entier – une solution pacifique ; le souci de défendre, contre l’intolérance, les préjugés et les discriminations, tous les hommes et les femmes de chez nous.
Cette triple cause demeure pour nous si importante que nous vous invitons à vous joindre à nous pour la défendre.
http://www.institut-liebman.be/…/pourquoi-la-palestine.pdf
Dimanche 11 mai, 14h Gare du Nord
#StopGenocide #FreePalestine
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— avec Institut Marcel Liebman.
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